Paléographie
Déclaration de Grossesse
par Jacques Trancard
Dans une déclaration de grossesse mise en ligne par les Archives départementales de la Nièvre1, il est fait mention de l’édit royal de 1708 par lequel toute femme du royaume devait déclarer sa grossesse.
Sans entrer dans le détail, les différents édits et ordonnances du roi encadrent et rappellent le devoir des curés de recevoir les déclarations de grossesse des femmes de leur paroisse2.
La déclaration de grossesse permet, à nous généalogistes, de retrouver la filiation d’enfants nés hors mariage et souvent abandonnés. Je vous donne ici à transcrire un texte un peu particulier.


1 – Le 30 janvier 1758, par devant nous Louis
2 – François Chaillot de la Chasseigne, procureur
3 – général au baillage et duché pairie de Nivernois
4 – et Donziois, est comparue Marie Huet fille de
5 – René Huet et Marguerite Dupré, ses père et mère
6 – native de la paroisse de St Pierre d’Auxerre, demeurant
7 – à présent chez son père en celle de St Arigle de
8 – Nevers, âgée de dix sept ans, laquelle nous a
9 – dit être enceinte depuis cinq à six mois des
10 – oeuvres de Guimot, clerc de maître Archambaut
11 – le jeune,
11 – 1 – [lequel l’a pris
11 – 2 – de force comme
11 – 3 – elle alloit aux
11 – 4 – commodités et
11 – 5 – l’entraine dans
11 – 6 – la chambre
11 – 7 – et lui mis un mouchoir
11 – 8 – sur la bouche pour
11 – 9 – l’empêcher de
11 – 10 – crier et qu’elle
11 – 12 – ne s’est laissée
11 – 13 – séduire que
11 – 14 – parce que ses
11 – 15 – forces lui
11 – 16 – manquèrent] et qu’il l’a forcé de se rendre
12 – à ses désirs [depuis ce temps que] sous la promesse qu’il lui a faite
13 – de l’épouser. Laquelle déclaration, elle nous
14 – a affirmé sincère et véritable par serment
15 – d’elle. Pris et receu en la manière accoutumée et
16 – ce pour satisfaire à la déclaration du roy de
17 – 1708, et nous en a requis acte pour lui servir
18 – et valoir ce que de raison dont acte et
19 – avons signé avec la ditte Huet, les jours et
20 – an que dessus
Ajout en marge :
1 – Mariée avant
2 – son accouchement
3 – audit Guimot
4 – procureur en
5 – ce siège

Lorsque l’on regarde de plus près les 128 actes consultés pour les années 1758 à 1764, la grande ma-jorité des enfants (81%) ont été abandonnés et déposés à l’Hôtel Dieu. Trois enfants sont mort-nés, quatre ont été mis en nourrice et quatre autres ont été gardés et élevés par leur mère, dont l’un d’entre eux est décédé après un mois. Quatre déclarations sont le fait de viols dont deux issus d’inceste (oncle – cousin). Trois actes ne portent aucune indication sur le devenir de l’enfant.
Seulement six grossesses ont été conclues par un mariage, ce qui est étrange par le fait que toutes les femmes devaient déclarer leur grossesse. Cela reste pour l’instant un mystère.
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1 Archives départementale de la Nièvre – 1758-1764 – 2 B 815/1 – p. 4/51
2 Voir à ce sujet l’article « Avortements et faiseuses d’anges » ; page 19, revue n° 58 sur demande
